Le loup s'avance dans les bois.
Il connaît la valse à trois pas. La valse à trois pattes.
C'est un loup limé, un loup abimé qui s'avance là.

Il est miteux en dedans, mais personne ne le sait.
Son ombre le devance et le grandit. Les gens s'écartent autour de lui.

Le loup voudrait jeter sa pelure et son garba. Il voudrait refourguer son fourbi. Laisser là crocs et fourrure.

Il se rêve sûr et serein, les épaules carrées et le regard haut, marchant jusqu'à la grand'place. Il prendrait la plus jolie fille du village par la taille, elle n'aurait pas peur et les musiciens ne s'arrêteraient pas de jouer. Ils danseraient et tourneraient et danseraient et tourneraient.

Mais le loup reste aux abords du village, les yeux bouffés par la convoitise et l'envie d'une vie sur deux pattes.

Il se détourne enfin et s'en retourne clopin-clopant, éclopé, penaud, vers son bout de clairière. Il est loup. Il sait que les contes ont besoin de lui effrayant. Il sait que des vies entières et leur psyché se construisent sur sa menace et la limite qu'il trace.

... Tout foutre en l'air d'un coup de patte arrière.
Il secoue sa patte folle, s'ébroue pour la forme, et s'allonge dans l'herbe haute. Il attend sa fée. S'il ferme les yeux et qu'il compte jusqu'à deux...